DORANTE
Pour vous ôter de doute, agréez que demain
En qualité d’époux je vous donne la main.
CLARICE
Eh! vous la donneriez en un jour à deux mille.
DORANTE
Certes, vous m’allez mettre en crédit par la ville,
Mais en crédit si grand, que j’en crains les jaloux.
CLARICE
C’est tout ce que mérite un homme tel que vous,
Un homme qui se dit un grand foudre de guerre,
Et n’en a vu qu’à coups d’écritoire ou de verre;
Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son retour,
Que depuis une année il fait ici sa cour;
Qui donne toute nuit festin, musique, et danse,
Bien qu’il l’ait dans son lit passée en tout silence;
Qui se dit marié, puis soudain s’en dédit:
Sa méthode est jolie à se mettre en crédit!
Vous-même, apprenez-moi comme il faut qu’on le nomme.
CLITON, à Dorante.
Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme.
DORANTE, à Cliton.
Ne t’épouvante point, tout vient en sa saison.
À Clarice.
De ces inventions chacune a sa raison:
Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente ;
Mais à présent je passe à la plus importante:
J’ai donc feint cet hymen (pourquoi désavouer
Ce qui vous forcera vous-même à me louer?);
Je l’ai feint, et ma feinte à vos mépris m’expose;
Mais si de ces détours vous seule étiez la cause?
CLARICE
Moi?
DORANTE
Vous. Écoutez-moi. Ne pouvant consentir…
CLITON, bas, à Dorante.
De grâce, dites-moi si vous allez mentir.
DORANTE, bas, à Cliton.
Ah! je t’arracherai cette langue importune.
À Clarice.
Donc, comme à vous servir j’attache ma fortune,
L’amour que j’ai pour vous ne pouvant consentir
Qu’un père à d’autres lois voulût m’assujettir…
CLARICE, à Lucrèce.
Il fait pièce nouvelle, écoutons.
DORANTE
Cette adresse
A conservé mon âme à la belle Lucrèce;
Et par ce mariage au besoin inventé,
J’ai su rompre celui qu’on m’avait apprêté.
Blâmez-moi de tomber en des fautes si lourdes,
Appelez-moi grand fourbe et grand donneur de bourdes;
Mais louez-moi du moins d’aimer si puissamment,
Et joignez à ces noms celui de votre amant.
Je fais par cet hymen banqueroute à tous autres;
J’évite tous leurs fers pour mourir dans les vôtres;
Et libre pour entrer en des liens si doux,