Définition:
Nom masculin.
Le chiasme (se prononce [kjasm̥]) est une figure de style qui consiste à agencer des éléments grammaticaux ou sémantiques d’une phrase de façon croisée.
Exemple 1:
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- «Car j‘ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais»
(Baudelaire, «À une passante», Les Fleurs du mal)
- «Car j‘ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais»
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Analyse:
Dans ce vers d’une mélancolie profonde, Baudelaire croise la structure sémantique et grammaticale des deux propositions:
A: j’ (Baudelaire) / B: tu (la passante) // B: tu / A: je.
Ce croisement en miroir produit un effet dramatique puissant.
D’une part, il permet d’incarner visuellement et textuellement le croisement des destins. Le chiasme mime la scène même du poème: deux passants qui se croisent dans la rue, se frôlent un instant, puis s’éloignent pour toujours. L’architecture de la phrase dessine un X, matérialisant cette rencontre éphémère.
D’autre part, il souligne l’incompréhension et la séparation. Bien que les pronoms se croisent, les verbes expriment l’aveuglement («ignore», «ne sais»). Le chiasme enferme les deux personnages dans une prison de solitude. Ils sont liés par la symétrie de la phrase, mais désespérément séparés par le mouvement inverse de leurs vies.
Exemple 2:
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- «Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau»
(Marbeuf, «Et la mer et l’amour…», Recueil de vers)
- «Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau»
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Analyse:
Dans ce vers virtuose, Marbeuf construit un chiasme sémantique parfait reposant sur l’opposition des éléments et des figures mythologiques:
A: Le feu / B: l’amour (Cupidon) // B: sa mère (Vénus) / A: l’eau
L’équilibre de ce vers, scindé en son milieu par la répétition du verbe « sort de », répond à plusieurs objectifs;
En premier lieu, il unit les contraires: le feu et l’eau. Par nature, le feu et l’eau s’excluent et se détruisent. En les plaçant aux deux extrémités du vers (les positions A), le chiasme encadre et enferme le couple mythologique (Cupidon et Vénus aux positions B). La figure permet de lier harmonieusement ces éléments opposés pour exprimer la complexité du sentiment amoureux, qui brûle (le feu) et qui fait pleurer (l’eau).
En second lieu, il crée une esthétique de la symétrie. Le baroque aime les jeux de miroirs et les reflets. Ce chiasme fonctionne comme une balance poétique parfaite où chaque mot trouve son jumeau de l’autre côté de la virgule. Il donne au poème une musicalité fluide, presque comme la mer dont il parle.