Étymologie:
Le mot «fantastique» vient du bas latin phantasticus emprunté au grec phantastikos qui signifie «imaginaire, irréel». (source: Trésor de la Langue française informatisé)
Définition:
Le registre fantastique représente l’intrusion d’évènements surnaturels dans un monde réaliste. À la fin, le lecteur reste dans le doute et ne peut pas réellement trancher en faveur d’une explication rationnelle ou irrationnelle des faits.
Caractéristiques d’écriture:
- Le cadre réaliste et quotidien: l’action s’enracine d’abord dans un univers banal, familier et géographiquement identifiable pour rendre l’anomalie ultérieure plus troublante.
- Les champs lexicaux de la peur, de l’étrange et de la folie: présence massive de termes liés à l’effroi, à l’angoisse, à la démence, à l’illusion, au mystère et aux altérations des sens.
- L’énonciation subjective à la première personne: emploi du «je» qui enferme le lecteur dans la perception unique du narrateur, l’empêchant d’avoir un regard extérieur et objectif sur les événements.
- Les modalisateurs du doute et de l’incertitude: utilisation de verbes de perception («sembler», «paraître»), d’adverbes de doute («peut-être», «probablement») ou du conditionnel pour traduire l’hésitation du personnage face à ce qu’il vit.
- La syntaxe de l’affolement: phrases interrompues, répétitions, points de suspension, exclamations et interrogations directes qui miment la panique, la confusion mentale et la quête d’explications du protagoniste.
- Les animations de l’inanimé (personnifications, métaphores): les objets ou les éléments naturels semblent soudain doués de volonté, de mouvements autonomes ou de vie, suggérant une menace invisible.
Genres privilégiés:
- Le roman;
- La nouvelle.
Exemples:
- Maupassant, Le Horla
Le narrateur de ce récit se sent persécuté par une présence qui lui est imperceptible, mais dont il est persuadé de l’existence réelle, notamment par des manifestations particulières qu’il perçoit lors d’expériences qu’il fait pour comprendre ce dont il s’agit.
6 août. — Cette fois, je ne suis pas fou. J’ai vu… j’ai vu… j’ai vu!… Je ne puis plus douter… j’ai vu!… J’ai encore froid jusque dans les ongles… j’ai encore peur jusque dans les moelles… j’ai vu!…
Je me promenais à deux heures, en plein soleil, dans mon parterre de rosiers… dans l’allée des rosiers d’automne qui commencent à fleurir.
Comme je m’arrêtais à regarder un géant des batailles, qui portait trois fleurs magnifiques, je vis, je vis distinctement, tout près de moi, la tige d’une de ces roses se plier, comme si une main invisible l’eût tordue, puis se casser comme si cette main l’eût cueillie! Puis la fleur s’éleva, suivant la courbe qu’aurait décrite un bras en la portant vers une bouche, et elle resta suspendue dans l’air transparent, toute seule, immobile, effrayante tache rouge à trois pas de mes yeux.
Éperdu, je me jetai sur elle pour la saisir! Je ne trouvai rien; elle avait disparu. Alors je fus pris d’une colère furieuse contre moi-même; car il n’est pas permis à un homme raisonnable et sérieux d’avoir de pareilles hallucinations.
Mais était-ce bien une hallucination? Je me retournai pour chercher la tige, et je la retrouvai immédiatement sur l’arbuste, fraîchement brisée, entre les deux autres roses demeurées à la branche.
Alors, je rentrai chez moi l’âme bouleversée; car je suis certain, maintenant, certain comme de l’alternance des jours et des nuits, qu’il existe près de moi un être invisible, qui se nourrit de lait et d’eau, qui peut toucher aux choses, les prendre et les changer de place, doué par conséquent d’une nature matérielle, bien qu’imperceptible pour nos sens, et qui habite comme moi, sous mon toit…
- En quoi cet extrait relève-t-il du registre fantastique?
Dans cette page célèbre, Maupassant déploie le registre fantastique en mettant en scène l’irruption de l’inexplicable dans le quotidien d’un narrateur dont la raison vacille:
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La rupture du cadre réaliste par une animation invisible: l’action s’ouvre dans un décor idyllique et rassurant («en plein soleil», «mon parterre de rosiers»). Ce cadre quotidien est brutalement brisé par une personnification de la nature induite par une force cachée: la rose semble bouger seule, «comme si une main invisible l’eût tordue». L’antithèse entre l’environnement diurne banal et le phénomène surnaturel crée un sentiment d’inquiétante étrangeté.
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La syntaxe du trouble et de l’affolement: la panique du personnage se lit directement dans le rythme haché de son écriture. Maupassant utilise des répétitions obsessionnelles («j’ai vu… j’ai vu… j’ai vu!…»), des phrases brèves et une ponctuation expressive (points de suspension, exclamations) qui traduisent l’état de choc et le bouleversement psychologique du narrateur face à l’impossible.
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L’oscillation permanente entre explication rationnelle et irrationnelle: l’essence du fantastique réside dans le doute. Le narrateur tente d’abord de rationaliser l’événement en utilisant le lexique médical de la démence («fou», «hallucinations»). Cependant, l’examen de la preuve matérielle («la tige […] fraîchement brisée») et l’usage de modalisateurs de forte certitude («je suis certain, maintenant, certain comme…») le poussent vers l’hypothèse surnaturelle: l’existence d’un être immatériel. Le lecteur se retrouve piégé dans cette alternative insoluble, ne sachant s’il fait face à un phénomène spectral ou à la chronique d’une folie naissante.
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