Définition:
Nom féminin.
L’antanaclase consiste à employer deux ou plusieurs fois le même mot mais avec des sens différents, en jouant sur sa polysémie.
Exemple:
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- «Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits: là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice, et détournés de l’ordre commun, que nous devrions plutôt appeler sauvages.»
(Montaigne, Essais, I, chapitre XXXI)
- «Ils sont sauvages de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits: là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice, et détournés de l’ordre commun, que nous devrions plutôt appeler sauvages.»
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Analyse:
Le premier et le troisième «sauvages» correspondent au sens populaire et péjoratif de l’époque: ce qui est barbare, inculte, inférieur, cruel (les Amérindiens selon le point de vue européen). Le deuxième «sauvages» correspond au sens naturel et mélioratif: ce qui pousse librement dans la nature sans être corrompu par l’homme, ce qui est authentique et pur. En faisant pivoter le mot «sauvages» sur lui-même, Montaigne réalise un coup de force rhétorique et philosophique.
Tout d’abord, il vient opérer un renversement des valeurs: la critique de l’ethnocentrisme. L’antanaclase permet à Montaigne de piéger le lecteur européen. En comparant les peuples d’Amérique à des fruits sauvages, il démontre que la «sauvagerie» n’est pas une tare, mais une preuve de pureté et de proximité avec la nature. Par un retournement ironique, ce sont les Européens (les fruits «altérés par notre artifice») qui deviennent les vrais corrompus. La figure de style sert à déconstruire le préjugé colonial.
Ensuite, l’antanaclase permet de redéfinir les mots pour dire la vérité. Montaigne montre que le langage des conquérants est trompeur. L’antanaclase sert à nettoyer le mot de sa charge négative. La fin de la phrase («…que nous devrions plutôt appeler sauvages») claque comme un verdict: si le mot signifie «éloigné de la raison naturelle», alors ce sont les civilisés civilisateurs qui méritent ce titre.
Enfin, elle structure une argumentation logique implacable. L’utilisation répétée du même terme crée un fil conducteur très fort. Au lieu de perdre le lecteur dans de longues explications théoriques, Montaigne utilise la répétition du mot comme un miroir. Le lecteur voit le concept changer de sens sous ses yeux, ce qui l’oblige à faire évoluer sa propre pensée.