Définition:
Nom féminin.
La litote consiste à utiliser une expression qui atténue sa pensée pour la renforcer. Elle repose la plupart du temps sur un système de double négation (lexicale et/ou grammaticale).
Exemple 1:
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- «CHIMÈNE. Va, je ne te hais point.»
(Corneille, Le Cid, III, 4)
- «CHIMÈNE. Va, je ne te hais point.»
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Analyse:
Cette réplique de Chimène à Rodrigue dans Le Cid est le modèle le plus célèbre de la litote. La figure repose ici sur une négation grammaticale («ne… point») associée à une négation lexicale («hais», qui est le contraire d’aimer). En disant «je ne te hais point», Chimène dit le moins (l’absence de haine) pour faire comprendre le plus: «je t’aime passionnément». Cette retenue dans le langage est imposée par l’intensité de la situation dramatique.
Dans un premier temps, elle permet de surmonter le dilemme tragique et le code d’honneur. Rodrigue vient de tuer le père de Chimène lors d’un duel d’honneur. En tant que fille aimante, Chimène a le devoir absolu de réclamer la tête de Rodrigue. Elle ne peut donc pas décemment lui crier son amour. La litote lui permet de respecter la pudeur et la bienséance de son rang tout en ouvrant son cœur.
Dans un second temps, elle protège son amant sans trahir son devoir. En confessant qu’elle ne le hait pas, elle rassure Rodrigue (qui était prêt à se laisser mourir de désespoir) et lui redonne la force de vivre. La litote est ici un aveu déguisé, un compromis héroïque entre son cœur de femme et son devoir de fille.
Exemple 2:
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- «La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse.»
(Ponge, Le Parti pris des choses, «La pluie»)
- «La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse.»
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Analyse:
Dans ce poème en prose, Francis Ponge utilise une litote en employant la double négation «non sans délicatesse». Le mot «non» vient nier la préposition privative «sans», ce qui équivaut grammaticalement à affirmer l’idée inverse: «avec une très grande délicatesse». Plutôt que d’écrire de manière directe que la pluie est douce ou agréable, le poète choisit d’atténuer son expression pour lui donner plus de force, ce qui permet plusieurs interprétations.
D’une part, cela traduit la complexité et la richesse du spectacle. Ponge décrit la pluie comme un grand orchestre symphonique grâce à des métaphores musicales («sonnerie», «coups de gong», «concert»). En disant que ce vacarme se fait «non sans délicatesse», la litote permet de concilier deux idées opposées: la multitude infinie des gouttes d’eau qui tombent ensemble et la finesse, la légèreté presque imperceptible de chaque impact individuel au sol.
D’autre part, la litote permet de mimer la retenue et la précision scientifique. Francis Ponge refuse le lyrisme traditionnel (il ne s’épanche pas sur ses sentiments face à la pluie). La litote est une figure de la retenue et de la pudeur intellectuelle. Elle donne au poète un ton d’observateur attentif et objectif, qui pèse ses mots pour décrire le monde au plus près de sa réalité physique.