Définition:
Nom féminin.
La métaphore est une mise en relation de deux termes (un comparé et un comparant) sans outil comparatif.
Exemple 1:
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- «Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin»
(Apollinaire, Alcools, «Zone»)
- «Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin»
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Analyse:
Dans ce vers célèbre qui ouvre le poème «Zone», Apollinaire dresse un portrait moderne de Paris. La figure repose sur une double métaphore imbriquée: la Tour Eiffel est le comparé de «bergère» (le comparant), tandis que les ponts de la Seine sont le comparé du «troupeau» (le comparant). En supprimant tout outil comparatif, le poète fusionne immédiatement la modernité urbaine et le monde pastoral.
Cela permet d’une part un renouvellement de la poésie urbaine : Apollinaire utilise une image traditionnelle et bucolique (la bergère et ses moutons) pour décrire un paysage industriel et moderne (une tour en fer et des ponts en pierre). Il transforme la ville en un espace poétique vivant et rassurant.
Ces métaphores rendent d’autre part une vision géométrique et spatiale. Elles s’expliquent aussi visuellement. Du haut de sa taille immense, la Tour Eiffel domine Paris comme une bergère veille sur son troupeau. Les ponts, alignés le long de la Seine, évoquent la forme d’un troupeau de moutons qui s’étire.
Pour finir, grâce aux métaphores, les objets inanimés s’animent. Le verbe «bêle» (qui qualifie le bruit des voitures ou des péniches dans la brume du matin) achève de donner vie à l’architecture parisienne. La ville s’éveille comme une campagne à l’aube.
Exemple 2:
Parfois, le comparé disparaît, et ne reste que le comparant.
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- «Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur.»
(Hugo, Les Contemplations, «Demain, dès l’aube…»)
- «Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
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Analyse:
Dans ces vers poignants écrits pour sa fille disparue, Victor Hugo supprime totalement le comparé. Il utilise «l’or du soir» pour désigner le soleil couchant. C’est au lecteur de faire l’effort d’interprétation pour rétablir le sens. Cette absence volontaire du comparé renforce la puissance dramatique du poème.
Cela permet tout d’abord de traduire le détachement et l’indifférence du poète. Le coucher de soleil est traditionnellement un spectacle magnifique. En refusant de le nommer directement, Hugo montre qu’il n’a plus de valeur réelle à ses yeux. Le monde extérieur a perdu son éclat; le poète est entièrement muré dans son deuil.
Hugo crée par ailleurs une atmosphère intemporelle et mélancolique. L’image de «l’or» qui tombe évoque une richesse qui s’efface, une lumière qui décline. Cela symbolise la perte de la jeunesse et du bonheur.
Exemple 3:
Lorsqu’une métaphore se poursuit sur plusieurs éléments communs, on parle de métaphore filée.
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- «ARLEQUIN: Vous vous trompez, prodige de nos jours, un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau; votre premier coup d’œil a fait naitre le mien, le second lui a donné des forces et le troisième l’a rendu grand garçon; tâchons de l’établir au plus vite, ayez soin de lui puisque vous êtes sa mère.»
(Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, II, 3)
- «ARLEQUIN: Vous vous trompez, prodige de nos jours, un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau; votre premier coup d’œil a fait naitre le mien, le second lui a donné des forces et le troisième l’a rendu grand garçon; tâchons de l’établir au plus vite, ayez soin de lui puisque vous êtes sa mère.»
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Analyse:
Dans cette scène de comédie, Arlequin file la métaphore en comparant son sentiment amoureux (le comparé) à un être humain, de sa naissance à sa majorité (le comparant). L’image se développe à travers tout un réseau lexical lié aux âges de la vie: «au berceau», «fait naître», «donné des forces», «grand garçon», «l’établir» (le marier) et «mère». Ce déploiement de la figure de style remplit plusieurs fonctions cruciales dans le marivaudage.
En premier lieu, la métaphore filée démontre la fulgurance du coup de foudre. En faisant passer son amour du berceau à l’âge adulte en seulement trois regards («premier… second… troisième»), Arlequin montre avec humour et exagération que sa passion grandit à une vitesse surnaturelle.
En deuxième lieu, elle révèle une stratégie de séduction par l’esprit. Arlequin cherche à impressionner Lisette (déguisée en Silvia) en faisant preuve de virtuosité verbale. La métaphore filée est une démonstration d’esprit très prisée dans les salons du XVIIIe siècle.
En dernier lieu, elle crée un effet comique et pressant. La conclusion de la métaphore est une pirouette audacieuse : en désignant Lisette comme la «mère» de cet amour, il l’invite de manière très concrète à prendre ses responsabilités et à céder à ses avances immédiatement («tâchons de l’établir au plus vite»).