L’abbé Prévost: pas si catho…

Lorsque l’on évoque les grands romans du XVIIIe siècle, Manon Lescaut figure en excellente place. Cette œuvre magistrale raconte la passion destructrice d’un jeune homme de bonne famille pour une courtisane, entre débauche, prison et exil. Un récit particulièrement audacieux pour l’époque, qui fut d’ailleurs condamné et brûlé par les autorités.

Le plus surprenant? L’auteur de ce roman scandaleux n’est autre qu’Antoine François Prévost, un homme d’Église plus connu sous le nom de l’abbé Prévost. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa propre vie n’avait rien à envier à celle de ses personnages.

Si Prévost a bel et bien prononcé ses vœux chez les bénédictins, sa vocation était loin d’être tranquille. Pris d’un besoin irrépressible de liberté et d’aventures, il s’enfuit de son monastère sans autorisation, devenant un fugitif aux yeux de l’Église.

Commence alors une existence rocambolesque à travers l’Europe. Pour échapper aux poursuites, il s’exile en Angleterre puis aux Pays-Bas. Loin de la rigueur monastique, il mène grand train, accumule les dettes et s’éprend d’une courtisane au train de vie dispendieux. Pour subvenir à leurs besoins, l’abbé écrit sans relâche, mais cela ne suffit pas: il sera même brièvement emprisonné à Londres pour une affaire de faux billets.

Malgré ses frasques et ses fuites répétées, l’abbé Prévost réussira à plusieurs reprises l’exploit de se réconcilier avec l’Église, obtenant le pardon du pape pour ses «écarts» avant de repartir vers de nouvelles aventures littéraires et mondaines.

La prochaine fois que vous ouvrirez Manon Lescaut, rappelez-vous que ce roman n’est pas le simple fruit de l’imagination d’un ecclésiastique, mais le reflet d’une vie menée à cent à l’heure par un abbé qui préférait définitivement la passion des lettres à la paix des couvents.