Contexte et origines du mouvement:
Sous le règne de Louis XIII, le cardinal de Richelieu va fonder l’Académie française qui aura pour but de normaliser, purifier et perfectionner la langue française. En s’inspirant des traités de l’Antiquité (comme l’Art poétique d’Aristote), des théoriciens vont codifier de manière très stricte les genres littéraires pour atteindre un idéal de perfection et d’ordre.
Plus tard, Louis XIV deviendra le protecteur absolu de ces artistes à travers le système du mécénat, utilisant la littérature, la peinture, l’architecture (Versailles) et la musique comme des vitrines du pouvoir royal.
Période:
Seconde moitié du XVIIe siècle.
Axes principaux:
- L’imitation raisonnée des Anciens: s’inspirer des modèles gréco-romains (Sophocle, Euripide, Térence) reconnus pour leur perfection, en les adaptant aux valeurs chrétiennes et modernes du XVIIe siècle.
- Le triomphe de la Raison: dompter les passions humaines, l’imagination et les excès grâce à la raison et à la mesure (en opposition directe avec le désordre et la démesure du Baroque).
- Plaire et instruire (placere et docere): la littérature doit avoir une visée morale. L’œuvre d’art doit captiver le public pour mieux corriger ses vices.
- L’éloge de l’ordre et du pouvoir: célébrer indirectement ou directement la figure du Roi, garant de l’harmonie du royaume.
Caractéristiques d’écriture:
- L’idéal de clarté et de sobriété: refus de la surcharge décorative. La langue doit être limpide, précise et concise (la fameuse maxime de Boileau: «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement»).
- L’esthétique de la symétrie: utilisation fréquente de parallélismes, de chiasmes et d’antithèses équilibrées pour symboliser la rigueur géométrique et l’harmonie du vers (notamment dans l’alexandrin classique).
- Un registre de langue soutenu et pur: bannissement des mots jugés «bas», vulgaires ou trop techniques (recherche de la «pureté» de la langue).
Les trois règles de l’esthétique classique:
- La vraisemblance: l’histoire doit être crédible pour le spectateur («Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable», Boileau). On évite le merveilleux ou les coïncidences absurdes.
- La bienséance: respecter les mœurs du public de la Cour. Bienséance interne: les personnages doivent agir conformément à leur rang. Bienséance externe: on ne montre jamais de violence, de sang ou de mort sur scène (on les raconte à travers des récits, comme la mort de Théramène dans Phèdre).
- La règle des trois unités (uniquement au théâtre): unité de Lieu (un seul décor, souvent une antichambre de palais), unité de temps (l’action dure 24 heures maximum), unité d’action (une seule intrigue principale).
Thèmes principaux:
- L’honnête homme: l’idéal social du XVIIe siècle. Un homme de la Cour cultivé, élégant, modéré, qui maîtrise ses émotions, fait preuve d’esprit mais refuse tout excès et toute pédanterie.
- La peinture des passions destructrices: analyser les ravages de l’amour, de l’ambition ou de la jalousie qui aveuglent l’homme et le mènent à sa perte (tragédie racinienne).
- La satire des vices et des défauts humains: mettre en lumière l’hypocrisie, l’avarice ou la vanité pour purifier les mœurs (Castigat ridendo mores dans la comédie, ou la critique des courtisans chez La Bruyère).
Genres concernés:
- Le théâtre: la tragédie classique (en vers, dénouement malheureux, personnages nobles) et la grande comédie (mœurs et caractères).
- La fable: genre bref, plaisant et allégorique servant d’outil moral.
- Le roman: naissance du roman psychologique, caractérisé par la sobriété de l’intrigue et l’analyse du cœur.
- Les formes brèves de la littérature d’idées: les maximes, les caractères, les lettres.
Principaux écrivains:
- Pierre Corneille (Médée, Le Cid, Cinna…).
- Jean de La Fontaine (Fables).
- Molière (Le Misanthrope, Le Tartuffe…).
- Madame de La Fayette (La Princesse de Clèves, La Princesse de Montpensier…).
- Jean Racine (Phèdre, Bérénice…).
- Jean de La Bruyère (Les Caractères).
Textes théoriques:
- Nicolas Boileau, Art poétique (notamment le chant III pour les règles du théâtre classique).
- Jean Racine, Préface de Phèdre.
- Jean Racine, Préface de Bérénice.