Définition:
Nom féminin.
L’homéotéleute consiste à utiliser des mots qui riment dans une même phrase dans un texte en prose, ou à l’intérieur d’un même vers dans un texte versifié.
Exemple:
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«La commère qui fit cela était une gorgone appelée madame Victurnien, gardienne et portière de la vertu de tout le monde. Madame Victurnien avait cinquante-six ans, et doublait le masque de la laideur du masque de la vieillesse. Voix chevrotante, esprit capricant. Cette vieille femme avait été jeune, chose étonnante. Dans sa jeunesse, en plein 93, elle avait épousé un moine échappé du cloître en bonnet rouge et passé des bernardins aux jacobins. Elle était sèche, rêche, revêche, pointue, épineuse, presque venimeuse; tout en se souvenant de son moine dont elle était veuve, et qui l’avait fort domptée et pliée. C’était une ortie où l’on voyait le froissement du froc.»
(Hugo, Les Misérables)
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Analyse:
Dans ce portrait féroce, Victor Hugo utilise l’homéotéleute à deux reprises en faisant rimer des adjectifs qualificatifs à l’intérieur de ses phrases en prose. La figure repose sur la répétition de syllabes finales identiques:
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La rime en [-ɛʃ]: «Elle était sèche, rêche, revêche […]»
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La rime en [-øz]: «[…] épineuse, presque venimeuse […]»
Ce procédé de «rime intérieure» en prose remplit plusieurs fonctions satiriques et littéraires.
Premièrement, cela permet de créer un effet de caricature et de déguisement sonore. L’homéotéleute donne un rythme saccadé, mécanique et sautillant à la phrase. En faisant rimer ces défauts, Hugo transforme Madame Victurnien en une marionnette ridicule et grimaçante. Les adjectifs s’entrechoquent et s’accumulent comme les traits outrés d’un dessin de presse.
Deuxièmement, l’homéotéleute fait entendre la méchanceté (harmonie imitative). Les sonorités choisies par le poète sont dures et agressives. Le son [-ɛʃ] (sèche, rêche, revêche) évoque la sécheresse de son cœur, le bruit d’un fouet ou le frottement de quelque chose de rugueux. Les sons chuintants et sifflants de la seconde série (épineuse, venimeuse) évoquent directement le sifflement du serpent ou de la vipère, confirmant la nature toxique et destructive de cette femme.
Dernièrement, elle renforce l’efficacité du blâme. En liant ces adjectifs par la rime, Hugo donne l’impression qu’ils coulent de source et qu’ils sont indissociables du personnage. L’homéotéleute agit comme un refrain entêtant qui grave dans l’esprit du lecteur le portrait d’une femme profondément malveillante (rappelons que c’est elle qui va causer la déchéance de Fantine en la faisant renvoyer).