Étymologie:
Le mot «épique» vient du latin classique epicus (lui-même emprunté au grec epikos) qui signifie «qui concerne l’épopée, qui relève de l’épopée», lui-même dérivé du grec epos qui signifie «parole». (sources: Trésor de la Langue française informatisé et Dictionnaire Larousse)
Définition:
Le registre épique vise à représenter les exploits héroïques des personnages, à mettre en avant leur courage et leur bravoure face aux épreuves qu’ils subissent.
Caractéristiques d’écriture:
- Les figures de l’amplification et de la démesure: utilisation massive d’hyperboles, d’accumulations et de superlatifs pour donner une dimension gigantesque aux actions ou aux décors.
- Le lexique du combat, de la force et du grandiose: présence de termes liés à la guerre, à l’héroïsme, aux armes, au danger, à la vie et à la mort.
- Les métaphores et comparaisons mythologiques ou animales: procédés qui assimilent le héros à un élément de la nature (un lion, un orage), à un dieu ou à une créature légendaire pour souligner sa nature hors du commun.
- Le dynamisme syntaxique et les verbes d’action: utilisation de propositions juxtaposées, d’anaphores et d’une accumulation de verbes de mouvement qui accélèrent le rythme du récit et miment l’urgence de la bataille.
- La dimension collective: l’action du héros dépasse sa propre personne; il incarne souvent un groupe, un peuple, ou une cause sacrée (les insurgés, la patrie, la liberté) face à une force immense.
Genres privilégiés:
- La tragédie;
- La tragi-comédie;
- Le roman;
- Le drame romantique.
Exemples:
- Hugo, Les Misérables
Au moment de l’insurrection populaire contre les troupes royales, des barricades sont dressées dans Paris. Du côté des insurgés, Gavroche, jeune garçon insouciant, aide ses camarades en allant chercher des balles sur les cadavres qui se trouvent sur le champ de bataille.
Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d’une borne, une balle frappa le cadavre.
— Fichtre! fit Gavroche. Voilà qu’on me tue mes morts.
Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui.
Une troisième renversa son panier.
Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue.
Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta:
On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Puis il ramassa son panier, y remis, sans en perdre une seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta:
Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Une cinquième balle ne réussit qu’à tirer de lui un troisième couplet:
Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.
Cela continua ainsi quelque temps
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait, lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel jeu de cache-cache avec la mort; chaque fois que la face camarde du spectre l’approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
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- En quoi cet extrait relève-t-il du registre épique?
Dans cette scène de combat, Victor Hugo utilise le registre épique pour transformer le jeune Gavroche en une figure héroïque et surhumaine qui défie la mort en chantant:
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L’amplification et la démesure de l’action: l’affrontement est dramatisé par une structure répétitive et une gradation numérique du danger («Une deuxième balle… Une troisième… une quatrième… Une cinquième balle»). L’hyperbole «on le visait sans cesse, on le manquait toujours» pousse la situation jusqu’à l’invraisemblance pour frapper l’imagination du lecteur et construire le mythe du héros.
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Le dynamisme de la description et l’accumulation de verbes: le combat est caractérisé par un rythme effréné. Hugo utilise une accumulation de verbes d’action juxtaposés au gérondif ou à l’imparfait («Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait […], puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait»). Ce foisonnement de mouvements souligne l’agilité surhumaine du personnage, capable de se mouvoir «plus leste» que les balles.
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La transfiguration mythique et le lexique du merveilleux: pour élever le gamin de Paris au rang de personnage légendaire, l’auteur quitte le réalisme au profit du merveilleux. Gavroche est métamorphosé par des comparaisons et des métaphores surnaturelles: il devient un «étrange gamin fée», le «nain invulnérable de la mêlée» ou encore un oiseau narguant la mort («le moineau becquetant les chasseurs»). L’allégorie finale du combat contre le spectre de la camarde (la mort) achève d’ériger Gavroche en héros épique intemporel.
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- En quoi cet extrait relève-t-il du registre épique?