Définition:
Nom féminin.
La polysyndète consiste à multiplier les coordinations entre plusieurs termes d’une énumération, alors que ce n’est pas nécessaire.
Exemple:
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- «On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables.»
(Céline, Voyage au bout de la nuit)
- «On en devenait machine aussi soi-même à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables.»
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Analyse:
Dans cette description cauchemardesque du travail à la chaîne, Céline utilise une polysyndète marquante en répétant la conjonction de coordination «et» pour lier les différents effets du bruit de l’usine sur le corps du narrateur: «qui vous prenait le dedans et le tour de la tête et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux» Cette accumulation volontaire de mots de liaison remplit plusieurs fonctions stylistiques majeures.
Tout d’abord, elle permet de mimer le rythme infernal et mécanique de la machine. La répétition du «et» fonctionne comme le battement régulier, lourd et incessant d’un piston ou d’un marteau-pilon. La phrase ne s’arrête jamais, elle s’allonge de force, enfermant le lecteur dans le même automatisme que le personnage. La polysyndète matérialise le fait que le travailleur «en devenait machine aussi soi-même».
Ensuite, elle traduit la submersion et l’agression des sens. Céline montre que le bruit de l’usine envahit le corps par étapes successives. Le «et» agit comme une vague supplémentaire qui frappe une nouvelle partie de l’anatomie (le dedans, puis la tête, puis les tripes, puis les yeux). L’accumulation donne une impression de trop-plein, de saturation et de vertige. Le corps est littéralement submergé, violé par le vacarme.
Enfin, elle crée un essoufflement syntaxique. Contrairement à une énumération classique séparée par des virgules (qui permet de reprendre son souffle), la polysyndète oblige à lire la phrase d’une traite, enjambant les liaisons. Elle crée une tension, un manque d’air qui fait ressentir physiquement au lecteur la fatigue et la détresse de Bardamu.