Définition:
Nom féminin.
L’antiphrase est le procédé majeur de l’ironie. Il consiste à exprimer le contraire de ce que l’auteur pense, la plupart du temps pour critiquer ou montrer le ridicule ou l’absurdité d’une situation.
Exemple:
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- «Un œil de chat huant, des cheveux serpentins,
Une trogne rustique à prendre des copies,
Un nez qui au mois d’août distille les roupies.
Un rire sardonien à charmer les lutins;
- «Un œil de chat huant, des cheveux serpentins,
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Une bouche en triangle, où comme à ces mâtins
Hors œuvre on voit pousser de longues dents pourries,
Une lèvre chancreuse à baiser les Furies,
Un front plâtré de fard, un boisseau de tétins
Sont tes rares beautés, exécrable Thessale»
(Auvray, Le Banquet des muses, «À une laide amoureuse de l’auteur»)
Analyse:
Dans ce portrait satirique, Jean Auvray utilise une antiphrase cinglante à travers l’expression «Sont tes rares beautés». Après avoir dressé la liste des pires difformités physiques de la vieille femme, le poète qualifie ces défauts de «beautés exceptionnelles». Le lecteur comprend immédiatement qu’il faut inverser le sens de cette formule pour saisir la pensée réelle de l’auteur.
Premièrement, à travers cette antiphrase, le poète déconstruit la poésie amoureuse traditionnelle. À l’époque baroque, les poètes s’amusent à détourner les codes du blason (le poème traditionnel qui fait l’éloge du corps de la femme aimée). Ici, l’antiphrase sert à créer un choc esthétique. En qualifiant des «dents pourries» ou une «lèvre chancreuse» de «rares beautés», Auvray pousse le compliment amoureux jusqu’à l’absurde pour mieux s’en moquer.
Deuxièmement, le poète crée une connivence avec le lecteur grâce aux indices de l’ironie. Pour que l’antiphrase fonctionne, l’auteur doit laisser des indices pour que le lecteur ne prenne pas le texte au premier degré. Ici, l’indice est double. D’une part, l’accumulation de détails repoussants rend le compliment impossible. D’autre part, le poète accoste la femme en l’appelant «exécrable Thessale» (sorcière horrible) dans le même vers. Le mot «exécrable» vient briser la feinte et confirme la violence du blâme caché derrière la louange.
Dernièrement, l’antiphrase permet ici d’humilier la cible du poème. Elle a ici une fonction agressive et défensive. Comme l’indique le titre du poème («À une laide amoureuse de l’auteur»), le poète utilise l’ironie comme une arme pour repousser les avances d’une femme qu’il juge repoussante, en lui renvoyant son illusion de beauté de la manière la plus cruelle possible.