C’est un paradoxe bien connu des historiens de la littérature, mais qui surprend toujours. Lorsque l’on évoque le XVIIe siècle en cours de Français, le terme de «classicisme» s’impose presque naturellement. Nous associons immédiatement cette époque aux figures de Molière, Racine, La Fontaine ou Boileau, érigées en modèles de rigueur et d’équilibre.
Pourtant, si vous aviez croisé Jean de La Fontaine au détour d’un salon parisien en 1680 pour le féliciter d’être un grand «écrivain classique», il vous aurait probablement regardé avec une profonde incompréhension. Et pour cause: aucun de ces auteurs n’a jamais su qu’il appartenait à ce mouvement.
La vérité est plus tardive. Pour que nos dramaturges et fabulistes préférés reçoivent enfin leur étiquette, il a fallu attendre… le XIXe siècle, soit près de cent cinquante ans plus tard.
Et qui sont les coupables? Les romantiques! Menés par des esprits vifs comme Stendhal — qui publie en 1823 le cinglant pamphlet Racine et Shakespeare —, les jeunes artistes de l’époque cherchent à imposer leur propre modernité. Pour mieux définir leur propre révolution esthétique, ils décident de baptiser leurs illustres prédécesseurs sous le terme de «classiques».
Ce qu’il faut retenir: Un mouvement littéraire n’est pas toujours décrété par ceux qui le vivent. Il est souvent inventé par les générations suivantes, qui ressentent le besoin de classer le passé pour mieux s’en détacher. Alors, la prochaine fois que vous étudierez une tragédie ou une comédie du Grand Siècle, rappelez-vous que ces auteurs ne cherchaient pas à entrer dans une case «classique»: ils essayaient simplement d’être les plus modernes de leur temps!