Définition:
Nom féminin.
L’épanadiplose consiste à reprendre en fin de phrase, de proposition ou de vers le début de cette même phrase, de cette même proposition ou de ce même vers.
Exemple:
-
-
- «Mais elle était du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vécu ce que vivent les rosesL’espace d’un matin.»
(Malherbe, Poésies, «Consolation à M. du Perrier sur la mort de sa fille»)
- «Mais elle était du monde, où les plus belles choses
-
Analyse:
Dans ce quatrain, Malherbe construit son deuxième vers sur une épanadiplose parfaite en plaçant le mot «rose» au tout début et au tout dernier mot du vers. Cette structure en miroir circulaire remplit plusieurs fonctions poétiques et tragiques majeures.
D’un part, elle enferme la vie dans la fatalité du destin. L’épanadiplose crée visuellement et rythmiquement une trajectoire fermée. La vie de la jeune fille commence par le mot «rose» (la beauté, la jeunesse, l’éclat) et s’achève immédiatement sur le mot «roses». La figure de style montre que sa destinée était scellée dès sa naissance: elle était née fleur, elle devait donc mourir aussi vite qu’une fleur. Le temps de la phrase mime la brièveté de son existence.
D’autre part, elle mime l’éclosion et le flétrissement. Le premier mot «rose» évoque la fraîcheur de la jeune fille vivante. Le verbe «a vécu» introduit le passé, et le mot final «roses» renvoie à la condition mortelle de la plante. L’épanadiplose fonctionne comme un accéléré poétique: en un seul vers, la fleur s’ouvre, vit et se fane.
Enfin, elle crée une harmonie consolatrice. Bien que le thème soit tragique (la mort d’un enfant), la structure symétrique de l’épanadiplose apporte une immense douceur musicale. La phrase se referme sur elle-même sans violence, comme un cycle naturel et apaisant. Malherbe offre au père endeuillé une régularité formelle pour contenir et consoler l’immensité de sa douleur.