Étymologie:
Le mot «lyrique» vient du latin d’époque impériale lyricus (dérivé du grec lyrikos) qui signifie «relatif à la lyre», dérivé de lyra qui signifie «lyre». (source: Trésor de la Langue française informatisé)
Définition:
Le registre lyrique repose sur l’expression des sentiments personnels ainsi que des émotions ressenties par un personnage ou un auteur. Il vise à émouvoir le lecteur.
Caractéristiques d’écriture:
- L’omniprésence de la première personne (le «je» lyrique): utilisation centrale des pronoms personnels et des déterminants possessifs de la première personne du singulier pour ancrer le discours dans l’intériorité de celui qui parle.
- Le lexique des émotions, de l’affectivité et de la sensibilité: emploi massif de termes exprimant les sentiments intenses (l’amour, la souffrance, l’orgueil, le regret, la passion) ou les parties du corps associées au ressenti (notamment le cœur).
- Une ponctuation expressive et une syntaxe émotive: présence de phrases exclamatives, d’interrogations rhétoriques et de points de suspension qui miment le rythme du souffle, de la passion, du doute ou du trouble intérieur.
- Les figures de l’analogie et de l’image poétique: recours aux métaphores, aux comparaisons et aux personnifications pour donner une forme concrète, sensible et imagée à des états d’âme abstraits.
- Le travail sur la musicalité du texte: utilisation de rythmes particuliers, de répétitions (anaphores), d’allitérations et d’assonances pour donner au texte une cadence proche du chant ou de la complainte.
Genres privilégiés:
- La poésie;
- La tragédie;
- Le drame romantique.
Exemples:
- Musset, Lorenzaccio, «Acte III, scène 3»
Lorenzo est le cousin du duc de Florence. Il se met à son service et se fait aimer de lui pour tenter de le tuer. Il s’adresse au chef des républicains, Philippe Strozzi, qui lutte contre le pouvoir tyrannique du duc, afin de lui révéler son projet.
LORENZO
Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu’en frappant sur ce squelette (Il frappe sa poitrine), il n’en sorte aucun son? Si je suis l’ombre de moi-même, veux-tu donc que je m’arrache le seul fil qui rattache aujourd’hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d’autrefois? Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’aie pu cramponner mes ongles? Crois-tu donc que je n’aie plus d’orgueil, parce que je n’ai plus de honte? et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s’évanouir, j’épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j’aime le vin, le jeu et les filles; comprends-tu cela? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c’est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d’infamie; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l’exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche; j’en ai assez d’entendre brailler en plein vent le bavardage humain; il faut que le monde sache un peu qui je suis et qui il est. Dieu merci! c’est peut-être demain que je tue Alexandre; dans deux jours j’aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d’une curiosité monstrueuse apportée d’Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu’ils agissent ou n’agissent pas, j’aurai dit tout ce que j’ai à dire; je leur ferai tailler leur plume, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l’humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marqué en traits de sang. Qu’ils m’appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu’ils m’oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête, en m’entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre; dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.
-
- En quoi cet extrait relève-t-il du registre lyrique?
Dans ce monologue, Lorenzo fait tomber son masque de débauché pour livrer une confession passionnée, élevant sa détresse et son projet d’action au rang d’épanchement lyrique:
-
Le jaillissement de la première personne et le lexique de l’intériorité: Lorenzo place son moi intime au centre de sa tirade à travers une prolifération de marques de la première personne («je», «mon», «ma»). Il emploie un vocabulaire de la sensibilité corporelle et affective («mon cœur», «fibres de mon cœur», «ma vertu», «mon orgueil») pour traduire la fracture douloureuse de son identité et sa quête de rédemption morale.
-
La syntaxe de la révolte et du trouble existentiel: l’émotion du personnage s’exprime à travers un rythme oratoire haletant. L’accumulation initiale de questions rhétoriques («Veux-tu donc que je m’empoisonne…?», «Songes-tu que ce meurtre…?», «Crois-tu donc…?») traduit l’urgence d’une parole trop longtemps contenue et le besoin viscéral d’exister enfin aux yeux d’un confident.
-
La transfiguration poétique du destin par l’image: pour faire comprendre l’intensité de son drame intérieur, Lorenzo recourt à de puissantes métaphores dramatiques. Sa déchéance morale devient une chute physique («je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic»), son acte salvateur devient un élément naturel dérisoire («ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’aie pu cramponner mes ongles»), et son existence entière est résumée par une image tragique et absolue: «Ma vie entière est au bout de ma dague».
-
- En quoi cet extrait relève-t-il du registre lyrique?