L’interrogation (cours)

I. Définition

L’interrogation repose sur un type de phrase interrogatif. Elle sert à obtenir un renseignement.

Sur le fond, on distingue l’interrogation partielle de l’interrogation totale et de l’interrogation alternative. Sur la forme, on distingue l’interrogation directe de l’interrogation indirecte. À l’oral, l’intonation est généralement montante à la fin de la phrase.

La construction de l’interrogation dépend du registre de langue utilisé.

  • Dans le registre de langue soutenu, elle se construit avec une inversion sujet-verbe. Pour éviter les hiatus, on ajoute un «-t-» de transition lorsque deux voyelles sont conjointes.

«Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée,
Voudrait-elle à la fin justifier Thésée?» (Racine, Phèdre)

«Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone?» (Anouilh, Antigone)

  • Dans le registre de langue courant, elle se construit avec la tournure «est-ce que» ou «est-ce qui».

«Est-ce que tu l’as renvoyée pour tout de bon?» (Flaubert, Madame Bovary)

«Comment est-ce que tu veux qu’on te croie?» (Sartre, Les jeux sont faits)

«Qui est-ce qui ira demain en voiture à La Gare avec François, pour chercher M. et Mme Charpentier?» (Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes)

  • Dans le registre de langue familier, elle se construit sans inversion sujet-verbe. Elle peut aussi imiter la façon de parler du personnage.

«Eh bien! tu n’entres pas boire un petit verre?» (Zola, Germinal)

«Pourquoi tu t’es pas défaussée, bec de moule?» (Barbusse, Le Feu)

«Et combien que vous avez vendu leur fonds?» (Sue, Les Mystères de Paris)

«Qué qui fait donc, ce bonhomme-là?» (Balzac, Le Père Goriot)

II. Interrogation partielle, totale ou alternative?

A. Interrogation partielle

L’interrogation partielle attend une réponse qui ne porte que sur une partie de la question posée. Elle débute par un mot interrogatif qui appartient à la catégorie grammaticale :

  • des adverbes: quand, comment, pourquoi, où, combien;

«Ce monument, quand le visite-t-on?» (Rostand, Cyrano de Bergerac)

«Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place Clichy?» (Céline, Voyage au bout de la nuit)

«Pourquoi se désoler quand il avait encore tant d’années devant lui?» (Maupassant, Bel-Ami)

« prends-tu cette audace et ce nouvel orgueil,
De paraître en des lieux que tu remplis de deuil?» (Corneille, Le Cid)

«Combien serez-vous de gens à table?» (Molière, L’Avare)

  • des déterminants: quel, quelle, quels, quelles;

«Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde?» (La Fontaine, «La Mort et le Bucheron», Fables)

«Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur?» (Verlaine, «Ariette III», Romances sans paroles)

«quels sont ces vers merveilleux?» (Beckett, Oh les beaux jours)

«Quelles frivoles raisons de politique et de partie l’ont jusqu’à présent retenu dans les erreurs de ses pères?» (Chateaubriand, Atala)

  • des pronoms: qui, que, quoi, lequel et ses composés.

«Qui me sauvera de sa barbare fureur?» (Laclos, Les Liaisons dangereuses)

«Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?» (Lamartine, «Le lac», Méditations poétiques)

«De quoi encore est-ce que tu as été te charger?» (Gide, La Symphonie pastorale)

«Lequel d’entre eux a l’idée de faire quelque chose d’extraordinaire?» (Stendhal, Le Rouge et le Noir)

B. Interrogation totale

L’interrogation totale attend une réponse qui porte sur la totalité de la question posée. Elle ne comporte pas de mot interrogatif, mais débute généralement par une inversion sujet-verbe lorsqu’il s’agit d’une interrogation directe. La réponse attendue peut-être «oui» ou «non» dans le cas d’une tournure de phrase affirmative, et «si» ou «non» dans le cas d’une tournure de phrase négative.

«Voulez-vous malgré lui prendre soin de sa vie?» (Racine, Andromaque)

«Madame, votre amour est-il d’une constitution bien robuste, soutiendra-t-il bien la fatigue que je vais lui donner, un mauvais gîte lui fait-il peur?» (Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard)

«Ne te souviens-tu pas qu’ils sont habitués à notre tapage?» (Musset, Lorenzaccio)

«est-ce que l’autre venait encore de le reprendre, lorsqu’elle croyait l’avoir conquis à jamais?» (Zola, L’Œuvre)

C. Interrogation alternative

L’interrogation alternative propose un choix entre plusieurs éléments, la plupart du temps reliés par la conjonction de coordination «ou».

«Préfères-tu bénéficier de l’article 208 du chapitre 62 de la seizième circulaire comptant pour le cinquième règlement général ou bien l’alinéa 27 de l’article 207 de la circulaire 15 comptant pour le règlement particulier?» (Camus, L’État de siège)

«Que veux-tu? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux?» (Hugo, «L’enfant», Les Orientales)

«Suis-je Amour ou Phébus?… Lusignan ou Biron?» (Nerval, «El desdichado», Les Chimères)

III. Interrogation directe ou indirecte?

A. Interrogation directe

L’interrogation directe est posée directement. Elle se reconnait à l’utilisation d’un point d’interrogation final, et dans la plupart des cas, à une inversion entre le sujet et le verbe. Elle ne dépend pas d’une proposition principale.

cf. les exemples proposés dans le paragraphe II.

B. Interrogation indirecte

L’interrogation indirecte est posée indirectement. Elle se construit à l’aide d’une proposition subordonnée interrogative indirecte qui dépend d’une proposition principale contenant un verbe qui implique un questionnement (demander, se demander, chercher…), à valeur négative (ignorer, ne pas savoir…) ou encore sensitif (voir, entendre…). Elle ne comporte pas d’inversion entre le sujet et le verbe, et ne se termine pas par un point d’interrogation, mais par un point.

Lorsque l’interrogation indirecte est partielle, elle est introduite par les mêmes mots interrogatifs que ceux indiqués dans le paragraphe II. A.

«S’il lui montrait une fleur, elle lui demandait pourquoi cette fleur ferait une graine, pourquoi cette graine germerait.» (Zola, Le Docteur Pascal)

«Son innocence lui laissait ignorer quels étaient les dangers que pouvait courir une jeune fille de son âge.» (Dumas, Le Comte de Monte-Cristo)

«Là, on me demande ce que j’ai dans mon sac.» (Breton, Nadja)

«Venez voir comment meurt un maréchal de France sur le champ de bataille!» (Hugo, Les Misérables)

Lorsque l’interrogation indirecte est totale, elle est introduite par la conjonction de subordination «si».

«Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin.» (Camus, L’Étranger).

«Il m’était impossible de deviner, entre tant d’autres paroles, si sous celle-là un mensonge était caché.» (Proust, La Prisonnière)

IV. Cas particuliers

A. La question rhétorique

La question rhétorique est une question qui nattend pas de réponse car elle est évidente. Elle peut servir à partager ses impressions pour rallier le destinataire à sa cause, à exprimer l’indignation, à railler le destinataire de façon ironique, ou encore à porter un jugement critique sur quelque chose ou quelquun.

«Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels?» (La Fayette, La Princesse de Clèves)

«Mais cette supposition était encore aussi absurde que l’autre: car comment une servante zélée catholique auraitelle pu souffrir que des Huguenots assassinassent un jeune homme élevé par elle pour le punir d’aimer la religion de cette servante? Comment Lavaisse seraitil venu exprès de Bordeaux pour étrangler son ami dont il ignorait la conversion prétendue? Comment une mère tendre auraitelle mis les mains sur son fils? Comment tous ensemble auraientils pu étrangler un jeune homme aussi robuste qu’eux tous, sans un combat long et violent, sans des cris affreux qui auraient appelé tout le voisinage, sans des coups réitérés, sans des meurtrissures, sans des habits déchirés?» (Voltaire, Traité sur la tolérance)

B. Le point d’exclamation

Parfois, une phrase interrogative peut se terminer par un point dexclamation. Cest le cas lorsque lauteur veut exprimer un sentiment comme la surprise, lagacement…

«Est-il rien de plus bizarre que ma destinée!» (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro)

«Qu’est-ce que ça veut dire!» (Daeninckx, «Le reflet», Main courante)

C. Les interrogations averbales

Certaines phrases interrogatives peuvent être construites sans verbe. La présence du point dinterrogation final et lintonation permettent de comprendre quil sagit dune question.

«Eh bien, quoi de nouveau?» (Maupassant, «La bécasse», Contes de la Bécasse)

«Comment? Quelle affaire, Scapin?» (Molière, Les Fourberies de Scapin)