Étymologie:
Le mot «élégiaque» vient du bas latin elegiacus qui signifie «élégiaque», lui-même dérivé du grec elegos qui peut signifier «chant de deuil» ou e legein qui signifie «dire hélas». (sources: Trésor de la Langue française informatisé et Encyclopédie Larousse)
Définition:
Le registre élégiaque consiste à exprimer une plainte empreinte de tristesse et de mélancolie.
Caractéristiques d’écriture:
- Le champ lexical de la déploration: présence massive de termes liés à la tristesse, à la souffrance, au deuil, à la fuite du temps, à la nostalgie et à la mort.
- L’expression directe de la première personne: emploi central du «je» lyrique pour confier une détresse intime, souvent associée au motif des larmes ou des soupirs.
- La syntaxe de la plainte (phrases exclamatives et interrogatives): tournures hachées, exclamations de douleur et questions rhétoriques traduisant le doute, le regret ou le désespoir face au destin.
- L’apostrophe et le «ô» vocatif lyrique: interpellations solennelles d’entités souvent absentes, mortes ou personnifiées (la Nature, le Temps, une femme aimée, Dieu) érigées en confidentes.
- Le parallélisme entre le paysage et l’état d’âme: utilisation de la nature ou d’une saison (l’automne, le crépuscule, la nuit) comme le miroir de la mélancolie ou de la finitude de l’auteur.
Genres privilégiés:
- La poésie;
- La tragédie.
Exemples:
- Lamartine, Méditations poétiques, «L’automne»
Salut! bois couronnés d’un reste de verdure!
Feuillages jaunissants sur les gazons épars!
Salut, derniers beaux jours! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards!Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois!Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
À ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais!Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui!Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau;
L’air est si parfumé! la lumière est si pure!
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau!Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel!
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel?Peut-être l’avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu?
Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore
Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu?…La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire;
À la vie, au soleil, ce sont là ses adieux;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu’elle expire,
S’exhale comme un son triste et mélodieux.-
- En quoi cet extrait relève-t-il du registre élégiaque?
Dans ce poème, Lamartine déploie le registre élégiaque en mettant en scène un «je» mélancolique qui chante ses adieux douloureux à l’existence:
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Le parallélisme entre la nature et l’état d’âme: le poète associe intimement sa souffrance au déclin de la saison. Le lexique de la finitude de la nature («feuillages jaunissants», «nature expire», «soleil pâlissant») devient le miroir exact de la déchéance et de la tristesse du poète, lui aussi «prêt à quitter l’horizon de la vie».
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La syntaxe de la plainte et du regret: le rythme du texte est scandé par l’émotion. L’utilisation des phrases exclamatives («Salut, derniers beaux jours!», «la lumière est si pure!») traduit l’intensité du déchirement, tandis que l’accumulation d’anaphores et de structures dubitatives («Peut-être… Peut-être…») souligne le regret d’un bonheur perdu ou d’une vie inachevée.
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L’utilisation de l’apostrophe solennelle: pour confier sa détresse, le poète prend à témoin le monde qui l’entoure en interpellant directement le paysage («Salut! bois couronnés», «Terre, soleil, vallons, belle et douce nature, / Je vous dois une larme»). La nature est ici personnifiée pour devenir la confidente tragique et silencieuse des derniers instants du mourant.
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- En quoi cet extrait relève-t-il du registre élégiaque?