Synecdoque

Définition:

Nom féminin.

La synecdoque consiste à désigner quelqu’un par une partie de cette personne, ou quelque chose par une partie de cette chose.

Exemple:

      • «Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire,
        Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
        Tant de fois affermi le trône de son roi,
        Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi?»
        (Corneille, Le Cid, I, 4)

Analyse:

Dans cette tirade du Cid, Corneille utilise la synecdoque en répétant l’expression «Mon bras» pour désigner en réalité toute sa personne, sa force physique et son passé de grand guerrier. Le «bras» (la partie) remplace ici le chevalier Don Diègue tout entier (le tout). En focalisant l’attention sur cette seule partie du corps, Corneille permet plusieurs interprétations cruciales pour la tragédie.

Tout d’abord, le bras est le membre qui tient l’épée, combat et protège. En réduisant sa personne à son «bras», Don Diègue rappelle qu’il a été l’instrument du salut du royaume («a sauvé cet empire», «affermi le trône»). C’est une manière de souligner sa fonction de défenseur de la patrie.

Par ailleurs, elle permet d’accentuer le tragique de la vieillesse et du déshonneur. En effet, le contraste dramatique repose sur le fait que ce bras, autrefois glorieux et admiré de tous, est aujourd’hui affaibli par l’âge. La synecdoque rend la trahison du corps encore plus frappante: ce membre qui a tout fait pour le roi «ne fait rien pour moi» au moment où l’honneur de Don Diègue est en jeu.

Enfin, elle crée un effet d’insistance théâtrale. La répétition de la synecdoque en tête de vers donne un rythme solennel et indigné à la plainte. Le personnage prend à témoin son propre membre, comme s’il était devenu un objet étranger et impuissant.