Anadiplose

Définition:

Nom féminin.

L’anadiplose consiste à reprendre au début d’une phrase, d’une proposition ou d’un vers la fin de la phrase, de la proposition ou du vers qui le précède.

Exemple:

      • «Le néant a produit le vide, le vide a produit le creux, le creux a produit le souffle, le souffle a produit le soufflet et le soufflet a produit le soufflé.»
        (Claudel, Le Soulier de satin, «Quatrième journée, scène 2»)

Analyse:

Dans cette réplique pleine d’ironie et de fantaisie, Claudel enchaîne quatre anadiploses consécutives pour créer une véritable cascade verbale. Cet enchaînement systématique remplit plusieurs fonctions stylistiques et théâtrales.

Tout d’abord, cela permet de mimer une réaction en chaîne. L’anadiplose crée un lien de cause à effet mécanique et indissociable. Chaque élément semble accoucher logiquement du suivant. Claudel utilise cette structure pour montrer comment, à partir de rien (le néant), on peut aboutir par une suite de petits glissements à une réalité concrète et dérisoire (le soufflé). La syntaxe devient le moteur d’une création continue.

Ensuite, elle crée un effet comique et absurde. L’effet de répétition et le jeu sur l’étymologie et les sonorités des mots (souffle / soufflet / soufflé) transforment la phrase en une comptine ou un virelangue (un exercice d’articulation). Le sérieux du verbe «a produit» (qui évoque la genèse du monde) est totalement désamorcé par la chute finale, très prosaïque et culinaire: tout ce grand mouvement cosmique n’aboutit qu’à un soufflé.

Enfin, elle donne un rythme hypnotique au texte. En supprimant les ruptures, l’anadiplose fluidifie la prose à l’extrême. Le lecteur (ou le spectateur au théâtre) est embarqué dans une boucle musicale où l’esprit anticipe déjà le rebond du mot suivant. La figure de style donne une impression d’élan verbal que rien ne peut arrêter.