Le registre héroï-comique

Étymologie:

Le mot «héroï-comique» est composé de deux termes:
– «héroï» est la contraction de héroïque qui vient du latin heroïcus issu du grec heroïkos qui signifie «relatif aux héros» ou «relatif à la poésie qui célèbre ces héros»;
– «comique» vient du latin comicus qui signifie «qui a rapport au théâtre, à la comédie». (source: Trésor de la Langue française informatisé)

Définition:

Le registre héroï-comique vise à parler d’évènements banals ou insignifiants en utilisant un style très soutenu et un vocabulaire recherché, créant un effet de contraste.

Caractéristiques d’écriture:

  • L’emploi d’un niveau de langue très soutenu: utilisation d’un vocabulaire noble, archaïque, précieux ou solennel pour décrire des réalités triviales, domestiques ou ordinaires.
  • La parodie des formules épiques: emploi de structures traditionnelles de l’épopée, telles que la formule d’ouverture, les invocations aux Muses ou aux dieux, et les épithètes homériques.
  • L’hyperbole et l’amplification disproportionnée: utilisation d’exagérations massives, de gradations ou de superlatifs pour prêter une importance historique ou cosmique à un incident mineur.
  • Le lexique de la guerre et de l’héroïsme: présence de termes liés au combat, à la gloire, à la victoire, aux exploits et au destin, appliqués à de petites querelles du quotidien ou à des objets insignifiants.
  • L’ironie par antiphrase: procédé consistant à louer de façon exagérée la grandeur ou le courage d’un personnage médiocre afin d’en souligner, par contraste, la profonde bêtise ou la futilité.

Genres privilégiés:

  • La poésie.

Exemples:

  • Boileau, Le Lutrin, «Chant I»
Je chante les combats, et ce prélat terrible
Qui, par ses longs travaux et sa force invincible.
Dans une illustre église exerçant son grand cœur,
Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur.
  • En quoi cet extrait relève-t-il du registre héroï-comique?

    Dans ce premier quatrain, Boileau pose les bases d’un poème héroï-comique en singeant la solennité des grandes épopées antiques pour raconter une simple querelle de clocher:

    • L’imitation parodique du genre épique: dès le premier vers, Boileau reprend mot pour mot le protocole d’ouverture de l’Énéide de Virgile («Je chante les combats…»). En adoptant la posture traditionnelle du grand poète antique qui s’apprête à célébrer une guerre légendaire, il crée immédiatement une attente de grandeur chez le lecteur.

    • Le détournement du lexique héroïque et noble: l’auteur accumule des formules nobles et grandioses habituellement réservées aux demi-dieux ou aux rois guerriers («prélat terrible», «force invincible», «illustre église», «grand cœur»). Ce vocabulaire mélioratif soutenu contribue à élever artificiellement la stature du personnage ecclésiastique.

    • La chute comique par disproportion: tout le ressort comique éclate dans le dernier vers, qui dévoile enfin le véritable enjeu de ces «combats»: «Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur». Le contraste brutal entre la pompe du style (la préparation d’une guerre héroïque) et l’insignifiance de l’action réelle (installer un simple meuble de lecture) crée un décalage ironique parfait, propre au registre héroï-comique.