Règles de liaisons orales

Source: https://dictionnaire.lerobert.com/guide/liaisons-et-enchainements

I. Qu’est-ce qu’un enchaînement ? Qu’est-ce qu’une liaison ?

A. Enchaînement

L’enchaînement unit la consonne finale prononcée d’un mot à la voyelle initiale prononcée du mot suivant. Par exemple:

  • il unit le n de une et le o de otarie dans une otarie [ynɔtaʀi] ;
  • il unit le n de une et le i de hirondelle dans une hirondelle [yniʀɔ̃dɛl] ;
  • il unit le c de bouc et le é de émissaire dans bouc émissaire [bukemisɛʀ].

B. Liaison

La liaison unit la consonne graphique finale d’un mot, muette dans le mot pris isolément, à la voyelle initiale prononcée du mot suivant:

  • les [z] animaux
  • mon petit [t] ami
  • de beaux [z] habits

Quand le mot se termine par un r suivi d’une consonne muette, il y a enchaînement avec le r, et non liaison avec la consonne muette:

  • un bourg [ʀ] animé
  • un rapport [ʀ] exact
  • vers [ʀ] Amiens

Si le mot est au pluriel, on fait la liaison avec le s final:

  • un vers [ʀ] harmonieuxdes vers [z] harmonieux
  • un corps [ʀ] à corpscorps [z] et biens

Le timbre de la consonne finale est parfois modifié par la liaison:

  • le d final de grand et de quand se prononce [t]:
    • un grand [gʀɑ̃t] animal
    • quand [kɑ̃t] il pleut
  • les s et x finaux se prononcent [z]:
    • pas à pas [pɑzɑpɑ]
    • deux [døz] obstacles
  • quand la finale est une voyelle nasale, le n se fait entendre tandis que la voyelle nasale se dénasalise dans certains cas:
    • bon [bɔn] appétit
    • en plein [plɛn] été
    • le Moyen [mwajɛn] Âge

En langage soutenu, la liaison avec g se prononce [k]:

  • un long hiver [œ̃lɔ̃kivɛʀ]

On prononce [g] dans le langage courant:

  • un long hiver [œ̃lɔ̃givɛʀ]

II. Liaison obligatoire

La liaison est obligatoire dans les cas suivants:

  • entre le déterminant et le nom, ou entre le déterminant et l’adjectif qui précède le nom:
    • des [z] arbres
    • les [z] autres gens
    • aucun [n] intérêt
    • trois [z] enfants
  • entre l’adjectif et le nom:
    • les petits [z] hommes verts
    • tout [t] élève
  • entre le pronom personnel, sujet ou objet, et le verbe:
    • Vous [z] êtes nombreux.
    • Je les [z] attends.
    • Ont[t]-elles faim?
  • entre deux pronoms:
    • Nous [z] y sommes allés.
    • Vous [z] en avez mangé.
    • Allons-nous[z]-en !
  • dans la plupart des mots composés:
    • porc[k]-épic
    • pied[t]-à-terre
    • les États[z]-Unis
  • Dans les mots composés au pluriel, la liaison ne se fait pas avec le s; il y a un enchaînement avec la consonne finale du singulier:
    • porcs[k]-épic
    • pots[t]-au-feu
    • arcs[k]-en-ciel
  • dans de nombreuses locutions:
    • petit [t] à petit
    • de temps [z] en temps
    • d’ores [z] et déjà

III. Liaison facultative

Les liaisons facultatives sont très régulièrement omises. Leur présence caractérise une diction soignée et un registre de langue soutenu.

La liaison est facultative dans les cas suivants:

  • entre un nom au pluriel et l’adjectif ou le complément qui le suit:
    • des portes [z] ouvertes
    • des pièces [z] en enfilade
    • des textes [z] à trous
  • après le verbe, sauf si celui-ci se termine par un s:
    • Ils jouaient [t] ensemble.
    • Je préfère rester [ʀ] ici.
  • entre les auxiliaires avoir et être et le participe passé:
    • Nous l’avons [z] averti.
    • Ils sont [t] arrivés.
  • entre les formes du verbe être et l’attribut du sujet:
    • C’est [t] osé.
    • Vous êtes [z] excusés.
  • entre le verbe conjugué et le verbe à l’infinitif:
    • Vous pouvez [z] imprimer votre carte d’embarquement.
  • entre l’adverbe et le mot qu’il modifie:
    • Il est trop [p] aimable.
    • Elle n’habite plus [z] ici.
  • entre la préposition et le mot qui suit:
    • dans [z] un mois

La liaison est rarement faite après les prépositions et les adverbes de plusieurs syllabes:

  • pendant [t] une journée
  • Cette conférence est particulièrement [t] intéressante.

IV. Liaison interdite

On ne fait pas la liaison:

  • entre deux mots séparés par un signe de ponctuation:
    • Les fenêtres, ouvertes, laissaient entrer un peu d’air frais.
  • devant un mot commençant par un h aspiré (dit aussi plus justement «h bloquant»):
    • un havre de paix
    • des haricots verts
    • de nombreux hiboux
  • après un nom au singulier:
    • un blanc écru
    • mon pantalon orange
    • un clafoutis aux prunes
  • entre le sujet et le verbe qui le suit:
    • Les invités arrivent.
    • Les dossiers anciens ont été traités.
  • après la conjonction et:
    • un homme et une femme
  • après le ‑s du verbe à la deuxième personne du singulier à l’indicatif présent, au subjonctif présent ou à l’impératif présent:
    • Si tu préfères éviter l’autoroute, prends à droite.
    • Je veux que tu viennes avec moi.
  • devant les lettres de l’alphabet:
    • des a
    • des u
    • des m
  • devant les mots d’origine étrangère commençant par y:
    • un yaourt
    • trois yourtes
  • devant quelques mots commençant par o : ouionzeonzièmeoffouinouistiti et ouste:
    • les onze joueurs
    • deux ouistitis
  • devant un lorsqu’il est déterminant numéral (mais la liaison est autorisée si un est un article):
    • le candidat 1
  • dans certaines expressions figées ou certains mots composés:
    • nez à nez
    • pied à pied
    • bon à rien

V. Fautes de liaison

Tous registres confondus, la liaison n’est obligatoire que dans peu de cas, mais son omission est considérée comme une erreur grossière. En revanche, les liaisons facultatives, dont la présence caractérise une diction soignée et un registre de langue soutenu, sont souvent omises.

Par hypercorrection ou pour éviter un hiatus, il arrive qu’on prononce une liaison là où elle est interdite, qu’elle soit orthographiquement possible ou non:

  • les [z] haricots
  • donne-moi [z] en

Une liaison fautive est appelée «pataquès». Plus précisément:

  • on parle de « cuir » lorsque la liaison fautive se fait avec un [t]:
    • mal [t] à propos
  • on parle de « velours » lorsque la liaison fautive se fait avec un [z]:
    •  les chemins de fer [z] anglais

On observe une application abusive (ou humoristique) des règles dans un certain nombre d’expressions:

  • Malbrough s’en va-t’en guerre
    entre quat’z-yeux

VI. t et s euphoniques

L’euphonie est l’harmonie des sons qui se succèdent dans le mot ou la phrase.

Pour éviter les hiatus, c’est-à-dire la succession de deux voyelles appartenant à des syllabes différentes, la langue française a recours aux liaisons et à l’ajout de lettres, dites «euphoniques».

A. t euphonique

Un t est intercalé entre un verbe de la troisième personne du singulier terminé par e ou a et le sujet ilelle, ou on placé après ce verbe. Le t euphonique se place toujours entre traits d’union:

  • S’entraîne-t-il régulièrement?
  • Quand viendra-t-elle?
  • Il sera présent, m’a-t-on assuré.

Il ne faut pas confondre ce t euphonique avec le pronom te élidé, que l’on trouve parfois à l’impératif. Le pronom est précédé d’un trait d’union et suivi d’une apostrophe:

  • Va-t’en!
  • Occupe-t’en!

B. s euphonique

Les impératifs qui se terminent normalement par un e ou un a à la deuxième personne du singulier prennent un s final devant y et en, lorsque ces mots sont des adverbes ou bien des pronoms compléments de l’impératif.

  • Mange! → Manges-en un peu!
  • Pense un peu à ta famille! → Penses-y!
  • Va dans ta chambre! → Vas-y, dans ta chambre!

Cette règle explique la faute fréquente qui consiste à mettre un s à tous les impératifs de la deuxième personne du singulier.

Lorsque les pronoms en ou y sont compléments d’un infinitif (et non du verbe à l’impératif), ou lorsque en est une préposition, il n’y a ni s euphonique ni trait d’union:

  • Va en chercher!
  • Daigne y penser!
  • Va en Espagne si tu en as envie!