Molière vs Racine: l’art du contre-emploi!

Si l’on vous dit «théâtre classique», vous visualisez sans doute de solennelles tirades en alexandrins. Détrompez-vous! Derrière les perruques poudrées du XVIIe siècle se cache un véritable choc des titans. D’un côté, Molière, le maître incontesté de la comédie et du rire. De l’autre, Racine, le virtuose des larmes et du dilemme tragique. Deux trajectoires que tout oppose… ou presque.

Car derrière cette rivalité légendaire se cache une ironie de l’histoire: chacun a, un jour, tenté de s’aventurer sur le terrain de son rival.

Prenez Molière. Il a écrit 34 pièces de théâtre. Trente-trois comédies mémorables pour divertir la Cour et fustiger les vices de son temps. Mais au milieu de ce palmarès dédié à l’humour se glisse une anomalie: une seule et unique tragédie, intitulée Psyché. Une incursion singulière dans le drame avant de retrouver ses premières amours satiriques.

Du côté de Racine, le bilan est tout aussi strict: 11 tragédies où les passions mènent inévitablement au chaos. Sauf que… au milieu de ce festival du désespoir, il a eu une audace surprenante. Il a délaissé ses mouchoirs le temps d’une œuvre pour composer… une comédie! Son titre? Les Plaideurs, une critique féroce de la justice qui prouve que la tragédien savait, lui aussi, manier l’ironie.

Comme quoi, même au Grand Siècle, les plus grands génies cédaient parfois à la tentation du contre-emploi, ne serait-ce que pour prouver à leur rival qu’ils étaient capables de tout écrire. Alors, selon vous, qui a réussi la plus belle acrobatie littéraire?