Que se passe-t-il lorsque deux génies de la poésie se rencontrent? Des étincelles… au sens propre comme au sens figuré. C’est l’histoire d’une rencontre qui a bouleversé la littérature française, mais qui s’est terminée dans le sang et les larmes.
En 1871, Paul Verlaine est un poète parisien déjà reconnu, installé dans une vie bourgeoise. C’est alors qu’il reçoit une lettre contenant les poèmes d’un parfait inconnu: Arthur Rimbaud, un adolescent de seize ans qui trépigne d’impatience dans sa province de Charleville. Fasciné par son talent, Verlaine lui écrit ces mots célèbres: «Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend.»
Rimbaud débarque à Paris. Le choc est immédiat, l’admiration réciproque se transforme en une relation passionnelle et destructrice.
Les deux hommes s’enfuient, abandonnant tout pour vivre une existence nomade et tumultueuse entre Londres et la Belgique. Mais cette frénésie créatrice se double d’une lente descente aux enfers, nourrie par l’alcool — notamment l’absinthe — et la jalousie.
Le point de rupture survient en juillet 1873, dans une chambre d’hôtel à Bruxelles. À bout de nerfs, Verlaine achète un revolver. Lors d’une ultime dispute où Rimbaud annonce son intention de le quitter, Verlaine s’enferme, braque l’arme sur son amant et s’écrie: «Voilà pour toi, puisque tu pars!» Deux coups de feu partent. Une balle atteint Rimbaud au poignet.
Ce geste de folie signe la fin de leur histoire. Verlaine est condamné à deux ans de prison pour tentative de meurtre, tandis que Rimbaud, guéri, choisit de rompre définitivement les ponts. Il refusera de revoir son ancien mentor.
De ce chaos sentimental naîtront pourtant des chefs-d’œuvre absolus: Une saison en enfer de Rimbaud ou Romances sans paroles de Verlaine. Preuve que la plus grande poésie naît parfois des blessures les plus profondes.