Contexte et origines du mouvement:
Au XVe siècle, le monde sort progressivement de la période du moyen-âge. C’est l’époque des grandes découvertes (comme celle de l’Amérique, qui bouscule la vision du monde), mais aussi de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg qui va permettre notamment de diffuser plus largement les savoirs et de s’affranchir du monopole de l’Église sur la copie des livres.
Le mouvement humaniste ne concerne pas uniquement la France. Les écrivains et penseurs italiens Dante et Pétrarque sont souvent cités comme étant à l’origine du fondement de la pensée humaniste dès le XIVe siècle. À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, Jean Pic de la Mirandole (en Italie), Érasme (aux Pays-Bas) et Thomas More (en Angleterre) vont s’imposer comme des figures majeures de ce renouveau. En France, le mouvement se développera essentiellement au XVIe siècle, porté par le roi François Ier qui protège les lettres et les arts.
Période:
XVIe siècle.
Axes principaux:
- L’anthropocentrisme: mettre l’Homme au centre des préoccupations (par opposition au théocentrisme médiéval) et célébrer sa dignité et son libre arbitre.
- Le retour aux sources antiques: revenir aux textes grecs et latins originaux (Platon, Cicéron) sans le filtre des commentaires du Moyen-Âge.
- L’idéal encyclopédique: contribuer à diffuser les nouvelles idées et développer toutes les facultés de l’esprit humain (la soif de savoir).
Caractéristiques d’écriture:
- Le foisonnement et l’accumulation: présence de listes, d’hyperboles et de métaphores du gigantisme (notamment chez Rabelais) pour traduire l’appétit de connaissances.
- L’écriture de la conversation et du doute: utilisation de la première personne (je), digressions et questionnements (caractères propres aux Essais de Montaigne).
- L’arsenal argumentatif: utilisation des registres polémique, satirique et didactique; structures argumentatives solides (thèse, argument, exemple) renforcées par des connecteurs logiques.
- L’ironie et l’atténuation (litote, euphémisme): pour contourner la censure religieuse et faire réfléchir le lecteur.
Thèmes principaux:
- L’éducation et la pédagogie: former une «tête bien faite» plutôt que «bien pleine» à travers un enseignement vivant et complet (sciences, langues, sport).
- La critique religieuse: remise en question des dérives de l’Église (rejet du dogmatisme scolastique) et volonté d’accéder directement aux textes sacrés, ce qui nourrira le protestantisme.
- La réflexion politique et l’utopie: imaginer une société ou une cité idéale, pacifique et tolérante (comme l’Abbaye de Thélème chez Rabelais).
- Le regard sur «l’Autre»: réflexion sur la tolérance et le statut des indigènes suite à la découverte du Nouveau Monde (relativisme culturel).
Genres concernés:
- Le traité et l’essai: formes souples privilégiant la réflexion personnelle.
- Le roman humaniste: récits de formation souvent teintés de merveilleux et de parodie (Rabelais).
- La poésie: célébration de la beauté humaine, de l’amour et de la nature (renouveau des formes antiques comme le sonnet).
- Le genre épistolaire (la lettre): les humanistes forment une communauté européenne, la République des Lettres, qui échange constamment.
Principaux écrivains:
- François Rabelais (Gargantua, Pantagruel…).
- Clément Marot (L’Adolescence clémentine…).
- Étienne de La Boétie (Discours de la servitude volontaire).
- Michel de Montaigne (Essais…).
Textes théoriques:
- Jean Pic de la Mirandole, Le Discours sur la dignité de l’homme.
- Michel de Montaigne, Essais, «Au lecteur».