Contexte et origines du mouvement:
Le mouvement tire son nom d’une métaphore: la volonté d’«éclairer» les esprits en faisant sortir l’humanité des ténèbres de l’ignorance, des superstitions et de l’obscurantisme religieux.
Ce courant de pensée est européen (on parle d’Enlightenment en Angleterre, d’Aufklärung en Allemagne). Il est préparé à la fin du XVIIe siècle par les philosophes anglais (comme John Locke et Isaac Newton) et français (Bayle, Fontenelle) qui imposent la méthode expérimentale: on n’accepte plus aucune vérité sans l’avoir vérifiée par la raison et l’expérience.
Période:
XVIIIe siècle.
Axes principaux:
- Le triomphe de l’esprit critique: exercer sa raison pour examiner librement toutes les vérités établies (politiques, sociales, religieuses).
- La lutte contre le fanatisme et la superstition: combattre l’intolérance religieuse et prôner la liberté de culte (la laïcité de l’esprit).
- La conquête des libertés politiques et sociales: contester la monarchie absolue de droit divin, réclamer la séparation des pouvoirs et s’opposer aux privilèges de la noblesse et de l’Église.
- La quête du bonheur terrestre: le but de l’existence humaine n’est plus seulement le salut dans l’au-delà (vision médiévale ou classique), mais l’accès au bonheur, au progrès technique et au bien-être ici-bas.
Caractéristiques d’écriture:
- L’ironie et de la satire: utiliser l’antiphrase, la fausse louange ou le décalage burlesque pour tourner en dérision les puissants et contourner la censure royale.
- L’argumentation indirecte (l’apologue): utiliser la fiction (contes, fables, faux récits) pour faire passer une leçon philosophique de manière plaisante.
- Le regard éloigné et le décalage de point de vue: faire parler un personnage étranger ou naïf pour jeter un regard critique et neuf sur la société française (regard satirique).
- Une éloquence vive et percutante: utilisation des questions rhétoriques, des rythmes ternaires et des parallélismes pour convaincre et émouvoir le lecteur dans l’argumentation directe.
Thèmes principaux:
- La raison et le progrès: confiance absolue dans la science et l’éducation pour faire évoluer l’humanité.
- Le mythe du «bon sauvage» et le voyage: se servir des grandes expéditions pour comparer les cultures et dénoncer l’ethnocentrisme européen (ainsi que l’esclavage).
- Le contrat social et la justice: redéfinir les lois pour qu’elles protègent les droits naturels de l’Homme (liberté, égalité).
- Le déisme ou le théisme: croire en un Dieu créateur (l’horloger de l’univers chez Voltaire) mais refuser l’institution de l’Église et ses dogmes.
Genres concernés:
- Le conte philosophique: genre inventé par Voltaire mariant le merveilleux du conte de fées et la thèse philosophique.
- Le dictionnaire et le pamphlet: formes brèves, incisives, idéales pour mener des combats d’idées rapides.
- Le roman épistolaire ou de formation: il permet de multiplier les points de vue ou d’explorer la nature humaine.
- Le théâtre de combat: la comédie de mœurs et de dénonciation sociale où les valets s’avèrent plus intelligents que leurs maîtres.
Principaux écrivains:
- Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (Le Jeu de l’amour et du hasard, Les Fausses Confidences, L’Île des esclaves…).
- Montesquieu (Lettres persanes, De l’esprit des lois…).
- Voltaire (Candide, Traité sur la tolérance, Dictionnaire philosophique…).
- Jean-Jacques Rousseau (Les Confessions, Du contrat social, Emile…).
- Denis Diderot (Jacques le fataliste et son maître, Le Neveu de Rameau, Supplément au voyage de Bougainville…).
- Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro…).